Sécurité en trad : éviter les chutes au sol
Pour éviter les chutes au sol en trad, placez vos protections tôt et souvent, vérifiez chaque placement et apprenez sur des voies où une chute est sans danger. Trois habitudes m’ont aidé : des projets faciles à protéger, plusieurs protections au lieu d’une, un rack complet. Apprenez avec des partenaires expérimentés ou un cours reconnu.
En grimpant au Québec en 2020, je me suis vu tenté par le nombre incroyable de voies de style trad. Notre province est remplie de falaises exceptionnelles. Savoir se débrouiller avec les coinceurs permet de grimper un plus grand éventail de voies et d’ouvrir plus rapidement de nouvelles parois.
Par contre, le trad, c’est aussi les histoires d’horreur de protections qui lâchent et de chutes au sol. Comment débuter le trad sans risque de se blesser?
Pourquoi les protections de trad lâchent-elles?
Les rapports d’accidents de l’American Alpine Club donnent une idée. En 2012, l’arrachement d’une protection était la cause immédiate de 11 accidents signalés en Amérique du Nord, et l’absence de protection ou une protection inadéquate était un facteur contributif de 27 autres, avec des chiffres semblables en 2013 (Funderburke et Delap, 2023). Dans un sondage de 1998 auprès de 94 grimpeurs blessés en escalade avec corde, la chute était le mécanisme de blessure prédominant en trad (Paige et coll.), ce qui reste un petit échantillon autodéclaré.
Comment apprendre à placer son équipement en sécurité?
Des amis expérimentés m’ont recommandé de commencer par grimper en artif dès mes premières sorties. Tester chaque protection en montant permet d’accumuler beaucoup d’expérience rapidement. Le hic, c’est que nous n’avons pas tous le luxe de perdre une précieuse journée de grimpe à faire le technicien de falaise.
Mon alternative : aller dans des projets faciles à protéger où la chute est inévitable. C’est amusant et une bonne école. En un sens, cette approche ressemble à monter une moulinette jusqu’en haut du mur : on peut placer autant de protections qu’on veut et s’assurer d’une chute sécuritaire. Allez-y lentement, avec un assureur qui connaît le trad, et testez vos protections avant de leur faire confiance. Un cours reconnu est le départ le plus sûr; au Québec, la FQME est la fédération à consulter.
Combien de protections faut-il placer?
Pourquoi pas trois protections au lieu d’une seule? Près du sol, plus de protections, c’est toujours mieux que pas assez. Le motto « when in doubt, run it out » est niaiseux même si ça rime.
Les conseils de l’AAC donnent des chiffres. Si votre première protection est à 12 pieds du sol, la suivante ne devrait pas être à plus de 4 pieds au-dessus pour éviter une chute au sol potentielle, et il faut y penser sérieusement avant de dépasser 10 pieds entre deux placements. L’AAC suggère aussi de garder quelques protections entre vous et le sol au cas où l’une lâcherait (Funderburke et Delap, 2023). Plus d’équipement coûte du temps, de l’effort et du frottement de corde plus haut; l’idée est de le placer là où une chute serait la pire.
En trad à vue, on ne peut pas prédire quand un morceau de roche va exploser sous la pression d’une cam, ou qu’un nut se déplace après notre passage. Avec beaucoup de bons placements, on sécurise sa grimpe jusqu’au prochain bon placement. Vérifiez chacun : l’AAC conseille d’aligner la tige des cams sur la ligne de chute, de tirer légèrement sur un nut, un hexcentrique ou un tricam, et de frapper la roche pour savoir si elle est lâche ou creuse.
De quel équipement a-t-on besoin pour le trad?
Contrairement aux souliers, harnais et cordes, l’équipement de trad dure longtemps et, selon mon expérience, garde sa valeur. La dernière chose que vous voulez, c’est de finir un long run-out sans plus avoir l’équipement pour protéger la suite. Se procurer un rack double et grimper avec des amis qui ont la même chose évite ces situations dangereuses. Inspectez tout équipement usagé et mettez au rancart ce qui est douteux.
Le trad est une super activité et je suggère à tout grimpeur du Québec d’en profiter. On a plusieurs falaises plein sud, chaudes jusqu’à la fin de l’automne, dont Weir, le mont Pinacle et le mont King. Informez-vous de l’accès et des conditions actuelles auprès de la communauté locale avant de partir.
Être fort aide-t-il à rester calme en trad?
Un petit truc bonus : avoir une marge physique aide à garder le mental. Elle permet de dé-grimper et de rester calme pour placer beaucoup de pro. C’est mon raisonnement d’expérience, et je n’ai trouvé aucun essai qui l’ait testé. Cela cadre avec un constat plus large : une revue systématique de 2025 sur la psychologie de l’escalade a trouvé que les grimpeurs plus expérimentés gèrent le risque avec moins de réponse psychophysiologique (Mangan et coll.). Grimper bien en dessous de votre limite à vos premières têtes en trad est la façon la plus simple de bâtir cette marge. Pour en savoir plus sur le stress, voyez Mental en escalade : 5 leçons d’une saison.
Pour aller plus loin
- Mental et objectifs : toute la bibliothèque sur les objectifs, la concentration et la peur.
- Mental en escalade : 5 leçons d’une saison : stress, peur et concentration sur le mur.
- Fixer ses objectifs d’escalade et planifier : où placer une saison de trad dans votre plan.
Sources
- Funderburke N, Delap M (2023). Protection: the “ins and outs” of sport and trad climbing protection. American Alpine Club (source secondaire : article du club résumant ses rapports d’accidents).
- Paige TE, Fiore DC, Houston JD (1998). Injury in traditional and sport rock climbing. Wilderness & Environmental Medicine, 9(1).
- Mangan K, Andrews K, Miles B, Draper N (2025). The psychology of rock climbing: a systematic review. Psychology of Sport and Exercise.